17 avril 2008

Bleus

Des pieds à la tête. Cicatrices.

Le pouce gauche suturé, des traces sur le crâne. Le sourcil, du même côté, éclairci à un endroit. Souvenir de soir où l'on se noie. Le taulier à la voix rauque, bedonnant en tirant la bière ; la fumée dense du tuffre. Deux sur la peau, un survivant. Pas pire à bien y réfléchir qu'à Terneuzen avec le monant dans le bocard pané.

En mémoire toutes les histoires de ces vies étrangères, racontées en confidence, au-dessus d'un plateau de mathurins. Quelquefois brêmes en main. Des fébosses et des tortues qui flaquent, accrocheuses de paletots, aux rivalités perdues dans l'onctueuse amertume de la mousse ou dans un poisson : des fiches dont on ne parvient pas à se débarasser et que vous traînez comme une guigne. Une fois même je fus ange gardien pour artilleur tirant ses chenillons derrière lui.

Question de choix. Poivrier c'est pas mon truc. Babillard de dépotoir en zinc me va mieux, j'écoute les sinves déballer leurs pègrennes. Certains sentent le violon, d'autres s'épitonnent. Autant de récits à l'estorgue à me fourrer dans les morlingues. Talbin du côté que c'est pas vrai qu'on fourguera plus tard, pour en avoir du nouveau.

Chacun m'a laissé une marque. Parfois des girondines m'ont renardé. J'écope tant qu'il me reste des lorgnes.

Ma case un peu. Fatigué, couturé, le train part ou arrive. À force d'être eux, je ne sais plus trop bien.

Sonny Boy Williamson, Bye Bye Bird

Posté par monsieur_canard à 14:58 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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